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samedi 13 mars 2010

Qu'est-ce qu'un livre aujourd'hui ?

Note de Pierre Ménard   sur son blog - "Liminaire"

des 26 et 27 octobre.

Après participation à une table ronde à Martigues, offre d'une synthèse égrenée en notes de lecture...



A LIRE absolument...



"C'est la simple obsession qui coïncide avec le bonheur "



vendredi 12 mars 2010

Fin du volet "Scolaires" du projet Fête de la Science 2009 "Media en quête d’identité",

avec la mise au point et la publication de "CDI en traque chez Desmarteau ou Media en quête d’identité", le livre né d’un très riche partenariat entre le Collège public de Vernoux-en-Vivarais, et, plus particulièrement, les élèves de deux classes de 6ème et Perrine Chambaud, professeur-documentaliste, sans qui ce projet n’aurait pas eu , la Bibliothèque Municipale de Saint-Apollinaire-de-Rias, l’association Les Rias et l’animateur socio-culturel du CIAS.

Un livre qui intègre :

- les corrections des élèves sur leur propre travail et sa présentation sous forme de livre

- leurs remarques sur ce livre, leurs réalisations, et la nature de ce qu’ils ont fait,
- et qui intègre aussi la sortie à Saint-Paul-Trois-Châteaux, la rencontre avec Claudine Desmarteau,
- le travail d’écriture brève effectué au préalable avec Ghislaine Michon, professeur de français, pour mieux appréhender l’oeuvre de Desmarteau...

Y figurent également quelques notes de synthèse sur la représentation du livre à l’ère du numérique, sur la représentation qu’ont les élèves de l’écriture et de l’écriture numérique, et, plus particulièrement sur leur travail d’insertion d’hyperliens qui montre une diversité et un niveau très intéressant de pratiques d’écriture [1] numériques.

Des liens qui parlent...


Où la technique a été outil pour la réflexion, mais où se révèle aussi un décalage entre le niveau et la richesse de pratiques d’écriture utilisant l’image et la qualité des images utilisées.

D’où l’idée qui taraude de l’urgente nécessité d’une présence accrue de l’art contemporain et actuel sur le net, de l’art de toutes les époques et tous les pays [2] Installations, sculptures, peintures, photos, vidéo, cinéma, art numérique...

De la nécessité aussi d’un travail conséquent de l’image ?

Et d’une réflexion de fond sur la lecture de l’image


[1] et sûrement "lecture"
[2] Cf à ce sujet, au quai Branly "La Fabrique des images ", une exposition à voir... Une sortie à organiser ? ...

jeudi 11 mars 2010

II. Fin du projet "Media en quête d’identité".

Media en quête d’identité ?

Il faut savoir clore un projet et là enfin, la fin s’impose, de soi. Non qu’on ait des réponses aux questions initialement posées. On a plutôt, en guise de réponses, des questions différentes, sans doute plus précises et nombreuses..

Les "réponses" aux questions :

A côté du livre imprimé, livre simplement numérisé ?

Livre imprimé ? Certains le suppriment déjà et les Résistances s’organisent au carré du livre d’artiste.

Livre simplement numérisé et souvent, mal numérisé ? A part les fonctions de conservation et transmission, quel intérêt autre ? [3]

Ou exploitant les ressources du numérique ?

Là la richesse foisonne mais reste aux marges, affaire d’artistes, de chercheurs ou tentative de résistance d’éditeur branché ?

Des jeunes ou moins jeunes qui y entrent sans préjugés, ouvrent des voies nouvelles pour une lecture et une écriture inédites et riches [4] qui, comme toujours, en les dépassant, tendent à restructurer les formes anciennes...

Un sommaire et une page/élèves

Et si numérique, comment ? Contenus (l’image, son) ? Formes ? Interfaces ? Pratiques, Interactivité et apprentissages ? Enjeux pour la lecture et l’écriture, la création ? Découvrir, expérimenter et débattre pour mieux appréhender.

Tout est possible aux réservoirs des techniques. [5]

Mais les choix et engagements pour la qualité de l’écriture et de la lecture ?

Comment réussir à naviguer entre écueils de la médiocrité, d’outils liberticides, de la frilosité aveugle et aveuglante, de la fuite en avant - non moins aveugle - dans la technicité, des ruptures de tous ordres ?

Vers quelle culture numérique aller ? Quelle culture numérique profitant à tous ? Quelles formations ? Quels contenus de formation ?

Et l’image ?

Et si la consommation et, à moindre degré, la lecture d’images occupaient l’espace laissé par le reflux de la lecture ?

Une hypothèse qui surgit du contat du décalage entre le niveau d’écriture et lecture numériques acquis par ces jeunes collégiens et la relative pauvreté de leurs références iconographiques et picturales, sur laquelle nous reviendrons.

Le numérique pose autrement le rapport texte/image.

Images fixes ou mobiles,

- livre image, la forme livre sur l’écran : quel sens par rapport à l’œuvre numérique ? Une composante possible de celle-ci ? Quels apports du numérique au numérisé ?

Pages élèves de présentation des Salpote à partir des documents téléchargés.

- ou images dans le livre (y compris vidéo) Gadget ? Intérêt artistique ? Documentaire ?

Là dans le livre, la vidéo qui reste externe [6] apporte la voix, les mots, l’image de Claudine Desmarteau - comme un morceau de réel, une preuve par image - ce qu’elle n’est évidemment pas : elle était écriture pour le site, pour le livre numérique, pour les parents, lecteurs, une référence commune pour les élèves...


St-Paul-Trois-Châteaux ; la rencontre avec Claudine Desmarteau

- ou niveau flux et système, la multiplicité des fonctions - où le papier devient écran, ordinateur ultra-plat et froissable, producteur de clônes, commande, où le livre interface permet d’activer des projections, des recherches documentaires, des communications en temps réel ou non ?


Media en quête d’identité s’est clos, sans avoir trouvé son identité ; il faudra du temps, il faudrait un débat citoyen.

Mais on cerne mieux ce qu’on ne sait pas, et certaines lignes de force apparaissent comme prémisses de lignes dans la limaille de fer.

Est-ce vraiment hasard si la frappe du point final de « Media en quête d’identité » coïncide avec la rédaction initiale de Résonnaces lll, la greffe d’ "Ecritures de lumière" - images fixes en 3ème volet de « Résonnances » après les volets I - Arts plastiques et II - Vidéo - cinéma, images mobiles... ?

A ce sujet, l’image fixe serait-elle moins forte que l’image mobile ?

Il a quelques années, Kevin Carter, jeune photographe auteur d’une photo où on voyait une enfant d’Afrique mourant de faim, un vautour attendant sa mort à côté, a fini par se suicider atteint par les réactions suscitées par son oeuvre.

"El tres de Mayo" [7], Guernica [8], les enfants d’Afrique morts de faim avant d’avoir vécu...

La densité de l’image fixe -peinture ou photo- ne semble-t-elle être une forme d’écriture d’autant plus forte qu’elle est ramassée ?



[3] On aurait pu espérer un coût moindre, mais il semblerait que cela ne soit pas évident...
[4] pour peu qu’on s’y forme...
[5] Encore que ! Colin Charvet avait fait des enregistrements de réponses de jeunes très intéressants. Faute de logiciels compatibles, il n’est possible ni de travailler ces enrechistrements, ni de les faire fonctionner sur divers appareils... Les solutions existent sûrement, à intégrer ultérieurement aux sites, hors livre, mais il faut du temps pour les chercher et elles peuvent avoir un coût.
[6] non par choix mais par non maîtrise technique
[7] toile de Goya montrant les espagnols fusillant des prisonniers français pendant les guerres napoléonniennes
[8] Picasso et le premier bombardement massif par les allemands d’une petite ville basque, prélude aux atrocités de la seconde guerre mondiale

mercredi 10 mars 2010

III. Déploiement d’un projet "image"

Quand la lecture régresse dans la durée, partout, que cette régression, trop ancienne, ne peut être attribuée au numérique, et que, de plus, celui-ci est l’apanage des plus diplômés et des plus assidus usagers des bibliothèques, des musées, galeries, théâtres, opéras... alors que le temps passé devant la télévision est inversement proportionnel au niveau d’étude - n’y a-t-il pas à s’interroger sur la lecture de l’image, un savoir-faire sans lequel on en resterait à la simple perception d’écrans ? Des pratiques de consommation d’images, qui tant bien que mal, occuperaient la place dégagée par le recul du livre ?

Une interrogation que l’examen des pratiques des élèves renforce...

Ecritures brèves du cours de français...

Quelle place faite cependant à la culture de l’image dans le système éducatif alors qu’en tout domaine sa lecture est nécessaire ?

Lecture et écriture de l’image et dimension artistique, complémentaire de l’approche scientifique...

Quelle place des artothèques ou de rayons artothèques dans les Bibliothèques ? Un entrée intéressante se dessine avec le développement du prêt de CDROM, une dimension vidéothèque sinon cinémathèque ? ...

Des interrogations qui accompagnent Résonnances III, le volet photo qui va enrichir les volets arts plastiques et vidéo de Résonnances.

Une succession/articulation entre deux projets qui a mûri imperceptiblement - avec la forte rencontre en Arles, de Nam Goldin et son intégration de la photo, de la vidéo et de l’installation - où le numérique englobe et est englobé...

"Résonnances", c’est une autre histoire qui démarre, succédant à la fois à Mouvances, dans le domaine des Arts Plastiques, et à "Media en quête d’identité" pour ce qui concerne l’écriture.

- Résonnances I, installation plastique de Didier Michel, une oeuvre dispersée, renvoyant l’écho entre oeuvres d’art de Régine Raphoz et Martine Diersé, et bien au-delà...
- Résonnances II, le projet vidéo- cinéma de Laura Monnier avec Christian Bontzolakis et nous tous, et vous, passeurs entre I, II et III...
- Et Résonnances III, qui se greffe, émergeant d’une demande sur l’image fixe, la photo, et les installations photos, avec Laura Monnier et Aurélie Ranc, du groupe des cinq qui ont fait le stage d’ Arles [9] - Jacqueline et Michel Cimaz, Régine Froment, Fatima Mana, et, donc, Aurélie... et, nous l'espérons, la Résidence de Sébastien Camboulive.

L’écriture photographique [10], écriture de Lumière, une démarche qui s’apparente au numérique qu’elle soit photo numérique ou argentique comme chez le Clergue de Montmajour...

Planche souvenirs de St-Paul

Un double travail d’accompagnement sera fait en Bibliothèque, lieu de lecture et d’écriture - avec mots ou images : par les livres, le livre d’artiste, la vidéo, et, bien sûr, le travail numérique de la photo, de l’image et de créations composites - dont, bien sûr, le livre numérique - aventure à poursuivre...


Jacqueline Cimaz

_

  [9] Stage des Rencontres Internationales de la photo - été 2009
[10] Plus que la belle photo, la photo matériau et/ou media d'un processus artistique.

mardi 9 mars 2010

Dubost, Dall Armellina, Ménard. Ou communication et création multimedia

Ce 11 janvier 2010, Pierre Ménard était à Valence, à l’école des Beaux-Arts pour des ateliers d’écriture demandés par Luc Dall Armellina, professeur de cette école
qui avait lui-même effectué une performance à Nantes à l’automne, à la demande de Jean-Pascal Dubost.
Luc Dall Armellina a soutenu sa thèse en 2003 sur « Enjeux sociaux et Technologies de la communication, option communication et création multimedia. » [1]
Il semble situer ses mondes virtuels au sommet d’une pyramide reliant temps, espace et opérabilité [2].

cf site de Luc Dall Armellina, à visiter...

Le thème de ces trois jours d’intervention de Pierre Ménard donc : « Dire, faire, voir des histoires . »
Le principe de ce type d’atelier : découverte de textes, écoute, visionnage d’images, d’œuvres complexes, composites... Puis, à partir de là, création personnelle ou en groupe d’une œuvre composite mais composée d’apports hétérogènes : textes, images fixes ou mobiles, sons...
Ecritures mêlées donc - graphique, textuelle, sonore...etc
Mélange aussi du voulu et de l’aléatoire...
Une démarche complexe, multiforme, décrite dans "Liminaire"
Là c’est l’écriture textuelle qui est travaillée à partir des diverses sources...
Et publiée en recueil [3]


Recours à ces opérations cognitives complexes que requiert l’utilisation de l’hypertexte :

Hypertexte, que Jean Clément définit comme « une technologie intellectuelle à l’ère de la complexité. » [4]

Le « transmedia » (cf "Culture en mutation - Le transmédia, la narration réinventée - sur France Culture ) se cherche et s’explore outre-atlantique notamment au MIT, avec son centre de la narration du futur. Eclater le récit sur divers supports et avec différentes modalités, successives ou simultanées... Arte doit bientôt montrer de ces récits où le spectateur-lecteur est particulièrement actif.

Des outils d’aide à l’écriture et/ou la lecture transmedia existent, plus sophistiqués que le schéma du conte de Propp et ses différents essais de numérisation - sans nul doute...

Le plus connu semble être le cube d’HBO où vous construisez un récit éclaté à partir de briques existantes, plus ou moins hétérogènes.

Image du site de France culture, cité ci-dessus.
A voir et essayer

Il y a aussi, création transmedia d’un autre genre, ces fictions diffusées par des chaînes de télé qui passant pour du réel, utilisant les medias, de faux débats, de faux sites, viennent quasiment pirater le quotidien des spectateurs, faille narrative entre réalité et fiction.

Notes de lecture de Jacqueline Cimaz

[1]  résumé en ligne

[2] « enaction » ? c’est-à-dire développement cognitif conjuguant le monde et l’esprit d’un être agissant dans ce monde. cf Varela et Morin
[3] les sons eux, sons recueillis dans la ville, mixés avec les lectures de textes... s’écoutent, eux, à la radio .
[4] Ce qui nous renvoie de nouveau à Morin

Revue de presse et lecture - au ras de l'actualité

 
Un message de Perrine Chambaud, professeur-documentaliste au Collège Pierre Delarbre de Vernoux-en-Vivarais   :
 
"Un article ci-joint en plein dans le thème !"

Livre électronique : état des lieux, décembre 2009

Un dossier d’Educnet

Pour faire le point sur le livre numérique, la revue de presse de décembre 2009, sur le site Educnet, rappelle les définitions et les enjeux de la numérisation, recense les innovations et interroge sur la notion de bibliothèqiue numérique.

Prenez connaissance du dossier


Des nouvelles intéressantes sur LaFeuille d’Hubert Guilhaud sur Homo Numericus... Provisoirement interrompues par la lecture de "la métamorphose des objets" de Frédéric Kaplan, et de textes d’Alain Giffard sur Skhole.

 Par ordre chronologique :


       Imprimer des circuits électroniques dans les livres

Une ressource qui n’en est qu’à ses débuts. « Pour l’instant, ça ressemble à ces affreuses cartes de vœux musicales... Mais qui sait de quoi demain nos livres seront imprimés ! »

D’autant qu’à lire Kaplan on se rend compte « qu’une partie de l’électronique encore cachée sous la peau de la machine » pourrait bien finir « par s’innerver au sein du tissu lui-même » (du textile donc [1])

Quant à l’écran, il pourrait, flexible et mobile, suivre vos déplacements dans la pièce après vous avoir identifié pour répondre à vos besoins transmis sans souris, à distance, par gestes... La table-écran serait un outil idéal pour le travail d’équipe...

D’autres objets-interfaces devraient apparaître tous connectés à ce que Kaplan appelle « l’ordinateur planétaire » - ordinateur ou réseau d’ordinateurs regroupés susceptibles de stocker toutes les données de la planète et d’effectuer toutes les opérations nécessaires avec une puissance et une efficacité démultipliées... Le livre n’échappe à cette évolution...

« La métamorphose des objets » déjà, est livre lié à un site internet où on peut lire chaque page, voir la répartition des commentaires, voir commentaires, bookmark, vidéos et photos. Et, bien sûr, on peut y laisser la marque de son passage.


Quel devenir du livre dans ce contexte ?

Pour Kaplan, le numérique n’a pas tué l’imprimé et ne le fera pas parce que c’est au niveau de l’interface que se situe l’enjeu de la lecture et non à celui du support de stockage.

Et au niveau de l’interface, Kaplan introduit déjà des lampes en bibliothèque, lampes qui pourraient être le catalyseur de rencontres inédites pour lesquelles le livre est le médiateur par excellence.


Donc de nouvelles pratiques associant l’imprimé et le projeté (issu de sources diverses), le résultat de collectes et réflexions personnelles, et pouvant donner lieu à de nouvelles publications imprimées ou imprimables, entre albums photos, carnet de notes personnelles ou autres modes d’archivage...


Donc des mixtes composites pour lesquels le livre physique sera une interface ouvrant la voie , un peu comme les adresses Internet ou les QRcodes dans son livre.


D’autres objets-interfaces devraient faciliter les apprentissages collaboratifs et réguler un travail de groupe qui privilégie celui qui parle, élaborant, explicitant, synthétisant pour ce faire. D’où l’idée de la table conversationnelle permettant de prendre du recul par rapport aux échanges verbaux et de les réguler. De la réflection à la réflexion.

Plus que les albums photos ou les cassettes vidéo ces nouveaux interfaces rappellent à chacun son passé, entre outils de lucidité et obstacles au nécessaire travail d’oubli.

Ce qui renvoie à l’exposition Sophie Calle d’il y a quelques années au centre Pompidou avec son incessante réécriture de la lettre de rupture. Sophie Calle d’ailleurs citée par Kaplan :


Des outils du meilleur et du pire selon le cas pourrait-on penser, d’où l’importance de la réflexion prospective pour orienter les débats et les choix.

Table-écran pour travail collaboratif ou pour pister chacun ? Plus profondément, par delà ces alternatives binaires, quelles pratiques avec ces nouvelles interfaces pour mieux se connaître, appréhender les possibles, choisir et se construire dans la société et le monde ?



Ceci conduit évidemment à s’interroger sur les compétences à acquérir et nous ramène à Guilhaud et LaFeuille : Le lecteur moderne doit savoir décoder la lecture classique et la lecture numérique, Écrit-il ce 19 janvier, renvoyant à Alain Giffard et son blog. Et à ce remarquable article « Lecture numérique et Culture écrite », où Giffard assimile la navigation initiale sur le net à une « pré-lecture. » A faire suivre donc d’une vraie lecture et à ne pas confondre avec celle-ci.


« L’activité de repérage avant de collecter et produire le texte à lire nécessite une double compétence : sur les textes, mais aussi sur la technologie numérique [2].

Le lecteur qui n’a pas cette compétence en reste à la prélecture. (...) Lorsqu’on forme à la navigation sans insister sur le fait qu’elle doit être suivie par une lecture attentive, comment éviter que beaucoup d’internautes, notamment parmi les jeunes, confondent pré-lecture et lecture, navigation et lecture numérique et croient qu’elle peut remplacer la lecture classique ? »

Voilà qui nous renvoie au travail effectué au Collège de Vernoux : après un premier balayage des textes des duos par ceux-ci, de l’ordre de la pré-lecture, une lecture plus sélective pour mettre en rapport images à insérer et texte [3] puis une lecture plus interprétative pour insérer des hyperliens.

Lors de la découverte du « livre » d’ensemble, lecture à la fois plus synthétique, la perception de l’ensemble amenant une réévaluation de chaque partie (toujours la lecture classique) mais mise en place progressive d’une lecture numérique nouvelle passant par le tri et la catégorisation des hyperliens et la belle interrogation surgie dans un groupe sur le nombre de niveaux d’hyperliens compatible à la fois avec l’enrichissement et la lisibilité du texte.

"(...) Situation étonnante : la lecture-consommation, telle que la porte l’espace des lectures industrielles suppose un lecteur amateur, responsable, compétent... c’est-à-dire très exactement le contraire du consommateur.


La lecture numérique appelle ce que l’étude d’Olivier Donnat nomme « cumul des modes d’accès », c’est-à-dire une double formation, à la lecture classique et au numérique. Toute autre orientation ne peut être qu’une catastrophe cognitive et culturelle. "

Par ailleurs, Guilhaud rappelle que par delà le livre imprimé, inscrit dans un espace physique, matériel, dans le temps et l’espace et le livre numérique, inscrit dans un espace virtuel qui privilégie structure logique, organisation et articulations, appartenance à un réseau, il y a le texte, né d’une création, irréductible à ces environnements physique ou virtuel.


Il cite Giffard qui apporte un éclairage intéressant sur la lecture numérique, « devenue une pratique culturelle ». D’où la question : « Comment la lecture numérique, comme culture et comme pratique, prend-elle place dans la culture écrite ? »


Cela dans le contexte, depuis une trentaine d’années, d’une baisse générale, significative et avérée de la lecture sur le long terme qui n’est pas une conséquence du numérique, d’une part, et, d’autre part, du développement du numérique.


L’étude du Ministère de la Culture et de la Communication contient précisément une tentative pour proposer un modèle du rapport à la culture et aux médias, en fonction du milieu social, de l’âge et du genre qui, pour la première fois, intègre le numérique.


Ce tableau distingue quatre configurations d’accès à la culture et aux médias :

- « l’imprimé média central »,
- « la télévision média hégémonique »,
- « la culture d’écran », et
- le « cumul des modes d’accès ».

Dans le « milieu socio-culturel défavorisé », c’est la télévision qui joue le rôle de mode d’accès hégémonique pour les plus de 45 ans, cependant que la culture d’écran caractérise les jeunes. Dans la génération des 30-44 ans, les hommes penchent du côté de la culture d’écran, les femmes vers l’imprimé. Le « milieu socio-culturel favorisé » pratique le cumul de tous les modes d’accès, sauf chez les générations nées avant guerre (65 ans et plus) qui restent centrées sur l’imprimé. Le milieu socio-culturel moyen est celui qui connaît la plus grande diversité de configurations.

Donc une polarisation des différents rapports à la culture et une fragmentation qui interroge.

La lecture numérique existe, depuis l’invention du web. Mais l’acte de lecture numérique est compliqué et difficile.

"Ce que requièrent le texte et le medium numériques, c’est la capacité à articuler les différentes vitesses de lecture, et non la seule lecture rapide enchaînant les clics. Le lecteur doit combiner le survol du web et l’exploration méthodique de certains liens intertextuels, enchaîner la scrutation d’un texte donné et sa lecture soutenue".

Alain Giffard insiste sur le fait que la lecture numérique semble être aussi le lieu d’une confusion entre la pré-lecture et la lecture.

"La navigation initiale est une sorte de pré-lecture. Or la pré-lecture ne vaut que si elle est effectivement suivie d’une lecture. L’activité de repérage avant de collecter et produire le texte à lire nécessite une double compétence : sur les textes, mais aussi sur la technologie numérique (par exemple, savoir distinguer les différentes fonctions du lien hypertextuel). Le lecteur qui n’a pas cette compétence en reste à la prélecture"...

Il est indispensable de replacer la lecture numérique dans le cadre de la lecture en général..

"Savoir si la lecture est menée de telle manière qu’elle encourage ou non la réflexion est non seulement une question fondamentale mais la question à adresser à toute lecture, y compris la lecture numérique."

Des exigences ou distinctions négligées ou brouillées par la commercialisation des lectures et des lecteurs...

Et ce paradoxe, souligné avec insistance : "la lecture-consommation suppose un lecteur amateur, responsable, compétent, qui adopte la lecture comme technique de soi, c’est-à-dire très exactement le contraire du consommateur".


Ce qui peut explique le constat du poids des inégalités socioculturelles : la lecture numérique appelle ce que l’étude d’Olivier Donnat nomme "cumul des modes d’accès", résultat d’une double formation, à la lecture classique et au numérique et apanage des plus hauts niveaux d’étude.

"Toute autre orientation ne peut être qu’une catastrophe cognitive et culturelle" écrit Giffard.

La nécessité d’un immense effort au niveau des formations scolaires et de l’Education populaire...

C’est bien ce que nous pensions. [4]


Lectures recommandées, crayon ou souris à la main [5], des textes de Guilhaud, Giffard [6], du livre de Kaplan et de l’étude de Donnat [7]


Jacqueline Cimaz

[1] quand on pense à certaine installation mouvante d’Annette Messager que nous avons vue à Beaubourg...
[2] par exemple, savoir distinguer les différentes fonctions du lien hypertextuel
[3] Il faudra bien aussi revenir sur la lecture de l’image et les nouvelles formes et exigences de cette lecture à l’ère du numérique. Nous y reviendrons déjà à partir de l’intervention en janvier de Pierre Ménard aux Beaux-Arts de Valence et des recherches de Luc Dall Armellina (professeur dans cette école), accesibles sur son site... L’écriture "transmedia" aussi ... et le passionnant cube d’HBO...
[4] C’est ce sur quoi notre modeste pratique de Bibliothécaires bénévoles en milieu rural, dans une Bibliothèque équipée d’un Point d’Accès Public à Internet, et devenue, de fait, EPN, nous questionne toujours plus...
[5] il suffit de les copier/coller du site sur word ou Open office pour pouvoir surligner, déplacer, rapprocher, commenter - travailler et faire parler un texte qui vous parle
[6] Nous reviendrons sur Skhole et Vygotski avec la recherche d’un texte perdu sur les oeuvres d’art comme médiations symboliques constitutives de la personne
[7] Possibilité d’accéder aux sites et autres textes en ligne en bibliothèque. La publication de l’étude d’Olivier Donnat et le livre cité de Kaplan seront bientôt en prêt à la Bibliothèque

Quatrièmes et dernières séances d’interventions au collège : rétrospective et bilan numérisés

Un apport mutuel et décisif pour la clôture de ce projet Fête de la Science 2009


il s’agissait de présenter aux élèves une première maquette d’ensemble de leurs travaux, sous la forme d’un livre 

- publié sur écran,

- numérique et non numérisé, puisqu’utilisant de nombreuses ressources du traitement de textes, - particulièrement au niveau de l’interactivité : notes, sommaire et retour, de nombreux hyperliens internes ou externes, ciblés vers texte ou images et

- fait de ces travaux effectués à partir des documents fournis à chaque groupe, les mêmes pour les deux classes - documents à s’approprier au travers du travail de mise en forme, mise en relation texte/image, mise en page, liaison vers une cible sélectionnée à partir d’une ancre précisée... Documents à appréhender donc et à valoriser par la mise en page.



La découverte de la maquette apportait une autre dimension : par delà la découverte du travail des copains, de l’intervention des adultes qui donnait à cette "œuvre" tout le poids du sérieux d’une innovation scolaire, scientifique et technique, de la proximité créée avec l’auteur, l’assemblage structuré par deux sommaires interactifs [1] créait un nouvel objet, de l’ordre de la synthèse et non pas de la simple compilation. Un sens d’ensemble qui a déjà été perçu par les élèves et a contribué à la richesse et aux avancées de la réflexion.


Le passage en revue critique de chaque page où le duo auteur a eu à préciser ses choix et désirs quant aux couleurs de texte, addition ou non d’un fond foncé - un travail sur des critères de lisibilité - a fait appréhender quelques problèmes spécifiques à la publication numérique, comme, aussi, la vérification des liens et une amorce de typologie fonctionnelle de ceux-ci (indication de sources, recours à un dictionnaire ou une encyclopédie pour expliquer un mot, évocation d’une référence personnelle ou mise en relation par analogie, ou interpellation du lecteur... [2])



Une étude que nous allons approfondir pour enfin boucler ce projet science, et qui parait renforcer l’hypothèse d’une incidence du support sur le contenu et creuse la différence sinon la rupture entre la simple numérisation de l’imprimé et l’écriture numérique [3]


Le débat a été de plus en plus riche en cours de journée, après précision de ce qu’on entendait par "écriture", d’abord assimilée à copie manuscrite par quelques uns. Questions sur le résultat - livre ou pas ? Sur l’écriture - écriture ou pas ? avec ces blocs déjà donnés [4].... Des réponses parfois opposées souvent nuancées et justifiées. Le débat a été riche et cette richesse devrait permettre que la réflexion se poursuive d’elle-même... Et puis les petits papiers où chacun a noté ses réponses avant de les dire, quelques enregistrements audios, vont aider à mieux en saisir encore le contenu.


L’essentiel de ces analyses sera inclus en fin de "livre" numérique, après rentrée des corrections des élèves, et, avec, peut-être, quelques enregistrements audios...


Peut-être aussi vidéos puisque Perrine Chambaud va filmer lors de la recontre de ses classes avec Claudine Desmarteau, à Saint-Paul-Trois-Châteaux...



La version définitive du "livre" devrait donc être en ligne d’ici deux à trois semaines sur le site du collège et celui de la Bibliothèque.



Jacqueline Cimaz (Bibliothécaire Référente Internet, bénévole)



[1] même si en ce domaine les problèmes d’images perdues ne nous ont pas permis d’aller aussi loin qu’on l’avait initialement souhaité dans l’automatisation...
[2] la dimension phatique de Jackobson avec les émoticones !
[3] Il ne s’agit évidemment pas d’une recherche au sens scientifique du terme, vu le nombre d’élèves - 52, les conditions d’intervention, encore que certaines variables aient bien été contrôlées avec le choix fait par Perrine Chambaud de fournir aux deux classes les mêmes documents de départ et des documents bien définis. Il y a eu aussi la standardisation des conditions de travail. De quoi étayer quand même des hypothèses qui donneront certainement lieu à des recherches universitaires - si ce n’est fait... De quoi aussi amener de l’eau à la réflexion sur le rapport Zelnik en ce qui concerne la question du support et les choix à faire.
A aucun moment les élèves n’ont été dans l’"homothétique" car ils n’étaient pas dans le plan, ni même le 3D, mais dans le composite et l’hétérogène. Des compétences nouvelles et complexes en matière d’écriture et lecture qu’il faudra bien que le système scolaire puisse prendre en compte. La vitesse d’apprentissage des élèves et le contenu du "débat" dans les classes, les paliers franchis par la réflexion de ces élèves de 6ème, montrent les possibles. Reste la formation des enseignants et la disparition possible avec les IUFM, si cette éventualité se précisait, de ce creuset où se fécondaient formations initiale et continue, où se construisaient des heuristiques, où on avançait dans la pratique sur la difficile question de la transmission de l’expertise...
[4] Des réponses où ressortent d’abord, l’honnêteté intellectuelle des élèves et l’appris civique du B2i : ce n’est pas eux qui ont écrit ces documents ! Dans un second temps seulement émergent les questions sur l’apport à l’écriture - ou le rôle dans l’écriture - de la mise en forme et de l’adjonction de liens - que posent la diversité et la complexité de ces apports pour de mêmes documents